Caraïbes : les sargasses envahissent cette île paradisiaque
On parle souvent des sargasses parce qu’elles dérangent nos plans de vacances dans les Caraïbes. Mais c’est bien pire pour les habitants.
• À lire aussi : Sargasses : où aller pour éviter les algues brunes cet automne ?
• À lire aussi : Sargasses : LA carte interactive pour suivre l’évolution des algues brunes dans les Caraïbes
« Avant, c’était le paradis ici. Maintenant, c’est l’enfer » : Thierry Lebrun, un habitant de Martinique, île française des Caraïbes, n’en peut plus des sargasses, ces algues brunes échouées en masse sur le littoral.
Quand elles se décomposent, elles dégagent des émanations toxiques de sulfure d’hydrogène et d’ammoniac. Tout est attaqué : la robinetterie, les appareils électroménagers, les véhicules... et la santé.
« J’ai mal à la tête », les yeux irrités et « le nez qui coule en permanence », raconte ce médecin de 69 ans, à la veille d’une conférence réunissant les 1er et 2 octobre à Cancún, au Mexique, l’Union européenne et les pays caribéens sur ce fléau régional.
« Depuis quelques années, et surtout depuis 2018, ça ne fait qu’empirer », dit-il. En 2023, il a cofondé un collectif de riverains en 2023 au Robert, commune de la côte atlantique martiniquaise, très exposée aux échouements d’algues.
En pleine mer, les sargasses constituent un habitat naturel pour de nombreuses espèces, mais en s’accumulant, elles pourrissent sur les côtes.
De pire en pire pour les habitants
Quinze ans après les premiers échouements massifs dans les Antilles françaises, le phénomène s’est aggravé malgré des millions d’euros dépensés et d’importants moyens techniques déployés par les autorités.
Les habitants du Robert « en ont marre des sargasses », soupire le maire Félix Mérine.
Des riverains ont manifesté en janvier puis en juillet dans le quartier de Pontaléry, où la présence de mangroves complique le ramassage. Plusieurs associations ont également engagé des procédures judiciaires contre les autorités, accusées de ne pas en faire assez.
Situé au fond d’une baie, Le Robert est particulièrement vulnérable. La mairie mobilise six agents et une pelle mécanique pour retirer jusqu’à cinq tonnes d’algues quotidiennement.
En dix ans, elle a consacré plus de quatre millions d’euros à cette lutte, selon le maire. L’État français lui rembourse 90 % de ces dépenses, mais l’abondance des sargasses a contribué à l’endettement de la commune, affirme-t-il.
Des solutions ?
Depuis 2023, un organisme public - le Groupement d’intérêt public (GIP) Sargasses Martinique - coordonne la lutte contre les sargasses en Martinique. Financé à 80 % par l’État français et à 20 % par les collectivités locales, il dispose en 2026 d’un budget de 4,9 millions d’euros.
Sur cette somme, 2,3 millions sont consacrés à la collecte en mer et un million à la construction de barrages flottants, destinés à intercepter les algues avant qu’elles n’atteignent les côtes.
Une fois échouées, les sargasses commencent à se décomposer en 48 heures. Entre 20 000 et 22 000 Martiniquais seraient directement exposés aux gaz qu’elles dégagent, selon cet organisme.
Aux 15 kilomètres de barrages déjà installés doivent s’ajouter 10 à 12 kilomètres supplémentaires d’ici deux ans.
Mais ces équipements, réclamés par les habitants, ne constituent pas une solution définitive. Ils nécessitent un entretien régulier et cassent parfois sous l’effet de la houle ou du poids des algues.
Un barrage s’est ainsi rompu au Robert à la mi-août. Les agents municipaux l’ont réparé, mais « on bricole à la hauteur de nos moyens », reconnaît le maire.
Désormais toute l’année
Autrefois concentrés entre février et octobre, les échouements se produisent désormais toute l’année.
« Depuis deux ans, il n’y a plus de saisonnalité », constate Lilia Leconte, spécialiste des sargasses au Parc naturel marin de Martinique. Des modifications des courants liées au réchauffement des eaux entraînent également des arrivages sur des côtes jusque-là épargnées, ajoute-t-elle.
Entre le 1er mars et le 20 septembre, 13 100 tonnes d’algues ont été collectées en mer autour de la Martinique, contre 7000 tonnes sur l’ensemble de l’année 2025 ; cette hausse tient à la fois à l’augmentation des arrivages et au renforcement des moyens de collecte d’après le GIP.
Reste la question du devenir des algues ramassées. Les projets visant à les transformer en engrais, en bioéthanol ou en autres produits tardent à aboutir, tandis que les sites de stockage approchent de la saturation.
À Pontaléry, le dépôt « va bientôt déborder », avertit Félix Mérine. « La Martinique est toute petite. On n’a pas de terrains vagues assez vastes pour mettre les sargasses. »
• À lire aussi : Les sargasses sont de retour dans les Caraïbes, et 2026 pourrait être une autre année record