Ce café emblématique de Verdun est forcé de fermer après 13 ans, suite à une hausse de loyer abusive
Après près de 13 ans d’existence sur la rue Wellington, le café Station W fermera définitivement ses portes en juin prochain : cette annonce a provoqué une onde de choc dans le quartier Verdun. En effet, l’établissement était devenu, au fil des ans, un véritable lieu de rencontre et un symbole de la vitalité commerciale de l’artère du quartier.
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Fondé en 2013, Station W s’était installé au 3852, rue Wellington, dans un local alors loin d’être invitant. « Le local n’était bon à rien dans son état à l’époque », rappelle l’équipe dans sa déclaration publique.
Plafond suspendu en ruine, fils apparents, vieux linoléum, plomberie insalubre : tout était à refaire. Avec peu de moyens financiers, mais beaucoup de détermination, les fondateur.rices ont mis la main à la pâte. Aidés par la famille et des ami.es, ils ont transformé l’espace de fond en comble : plancher de bois franc, nouvelle électricité, plomberie refaite, divisions et murs reconstruits, sans compter l’aménagement esthétique.
Les débuts n’ont toutefois pas été faciles. « La rue Wellington était bien différente en 2013 et les affaires n’ont pas été de tout repos. Il a fallu travailler très fort, sans salaire pendant presque deux ans ».
Progressivement, Station W trouve toutefois sa place. La clientèle est au rendez-vous, la communauté se reconnaît dans ce café-restaurant de quartier, qui devient rapidement un point de rassemblement pour les résident.es de Verdun, mais aussi une destination pour les Montréalais.es d’ailleurs.
L’équipe ne cache pas sa fierté d’avoir contribué, « bien humblement », à la renaissance de la rue Wellington. Son implication dépasse même les murs du café : pendant plus de dix ans, Station W s’est engagée activement au sein de la Société de développement commercial Wellington, participant à la vie collective et au dynamisme du quartier.
Cette histoire d’enracinement prend pourtant fin brutalement. En cause : l’échec des négociations entourant le renouvellement du bail commercial. « Nous sommes forcés de quitter en juin à cause de nos propriétaires », écrit l’équipe, précisant que les discussions étaient en cours depuis plusieurs mois.
Selon la déclaration, les propriétaires exigeaient une augmentation de loyer de 60 %, tout en demandant au café de payer la réfection de la façade de l’immeuble et de verser un dépôt additionnel de 15 000 $. « Ils ont finalement choisi d’arrêter le processus de négociation, sans jamais nous faire d’offre finale, pour aller proposer notre espace et nos installations à une autre entreprise », déplore-t-on.
Station W affirme pourtant avoir reconnu la nécessité d’une hausse de loyer, proposant elle-même une augmentation de 31 % dès la première année, avec des augmentations subséquentes. Une concession importante, surtout considérant que la valeur du local repose largement sur les investissements réalisés par les locataires eux-mêmes au fil des ans. « Nous n’avons jamais reçu de contribution financière de la part des propriétaires, et ce, bien qu’ils nous aient promis certaines contributions ou améliorations qui ne se sont jamais concrétisées », ajoute l’équipe.
Parmi les dépenses assumées par le café, on compte notamment la réfection de la devanture en 2019, payée entièrement de leur poche, ainsi que de multiples fermetures temporaires causées par des dégâts d’eau liés à l’immeuble. « Nous n’avons jamais reçu de compensation », précise-t-on.
Au-delà du cas de Station W, l’équipe voit dans cette fermeture le symptôme d’un problème plus large. « Ce que nous vivons aujourd’hui dépasse largement notre situation individuelle », peut-on lire. Il s’agit aussi de « la perte de plusieurs emplois et de la fragilisation d’une artère commerciale où la pression et la spéculation locatives peuvent rapidement tout ébranler ».
Dans un contexte où les loyers commerciaux explosent, certaines décisions dictées uniquement par des considérations financières « viennent rompre l’équilibre nécessaire à une relation de partenariat et de fidélité avec des locataires engagés », souligne la déclaration. Station W rappelle n’avoir « jamais manqué un paiement », tout en voyant les intérêts de la communauté et la santé de la rue passer au second plan.
L’équipe lance ainsi un appel clair aux citoyen.nes, aux commerçant.es et aux élu.es. « C’est à vous de vous battre pour que des lois protègent mieux les petits commerçants et encadrent les renouvellements de baux commerciaux comme c’est le cas pour les logements locatifs résidentiels », écrivent-ils, craignant que des situations similaires se multiplient ailleurs au Québec, au détriment des entreprises locales et au profit de chaînes ou d’intérêts extérieurs.
Le message se conclut sur une note empreinte d’émotion. « C’est le cœur gros, mais aussi avec un grand sentiment d’injustice, que nous vous disons au revoir », écrit Simon, au nom de toute l’équipe. Les remerciements affluent : à la SDC Wellington, à PME Grand-Sud-Ouest, mais surtout à la clientèle. « Vous nous avez adoptés comme le prolongement de votre chez-vous. C’est grâce à vous, et pour vous, que nous avons continué toutes ces années. »
Nous sommes de tout cœur avec eux. Station W - Angus demeure ouvert.
Station W
Verdun - 3852, rue Wellington, Montréal (fermeture en juin)
Angus - 124-2600, rue William-Tremblay, Montréal